9 juillet 2026

Burkina Voix

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Le Gabon s’engage fermement vers l’autonomie alimentaire

Libreville, ce Mercredi 8 juillet 2026 – Le Gabon s’apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire économique avec une transformation agricole d’une ampleur inédite. Dès le 1er janvier 2027, une interdiction officielle frappera les importations de poulet de chair, marquant ainsi une étape décisive dans la quête de souveraineté alimentaire initiée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Le pays, traditionnellement tributaire des marchés étrangers pour l’approvisionnement de sa population, opte désormais pour une réorientation économique audacieuse. L’objectif est clair : produire sur le territoire ce qui est actuellement importé massivement, convertissant ainsi une dépense extérieure significative en un moteur de croissance nationale durable.

L’accélération des préparatifs est palpable, comme en témoigne la cinquième réunion du comité technique dédié au suivi de cette réforme. Présidée cette semaine par Abdu Razzaq Guy Kambogo, secrétaire général du gouvernement, cette rencontre souligne la détermination des autorités à respecter scrupuleusement le calendrier établi.

Une stratégie nationale bien au-delà de l’agriculture

La consommation de viande de volaille représente une part prépondérante des importations alimentaires à travers le continent africain. Pour de nombreuses nations, le poulet congelé étranger est devenu le symbole d’une dépendance structurelle qui affaiblit les économies locales, freine le développement des filières agricoles nationales et expose les consommateurs aux fluctuations des marchés mondiaux.

Le Gabon entend rompre avec cette logique. L’interdiction des importations vise à dynamiser la production nationale, à garantir la sécurité des approvisionnements alimentaires et à conserver sur le territoire des centaines de milliards de francs CFA qui bénéficient aujourd’hui aux industries avicoles étrangères.

Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large observée chez plusieurs pays africains. Ces derniers cherchent à retrouver leur autonomie alimentaire, particulièrement après les perturbations mondiales engendrées par les crises sanitaires, les conflits internationaux et les tensions logistiques. L’alimentation est désormais perçue comme un enjeu de sécurité nationale au même titre qu’un pilier économique.

Bâtir une filière solide avant de fermer les frontières

La réussite de cette ambitieuse réforme repose sur une condition essentielle : l’existence d’une offre locale suffisante avant l’interdiction des importations. Toute autre approche risquerait de provoquer des pénuries et une flambée des prix.

C’est précisément pour prévenir un tel scénario que les autorités gabonaises multiplient les investissements préparatoires. Le Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole prévoit l’aménagement de plusieurs sites de production à travers le pays, avec le soutien du Génie militaire.

Les sites de Nzamaligué et de Ntoum-Tchad ont déjà été sécurisés. Parallèlement, les plaines agricoles d’Ayémé et du Woleu-Ntem sont destinées à produire, à terme, près de cinq mille tonnes annuelles de poulet de chair. Le développement concomitant des cultures de maïs et de soja est également un élément crucial de ce dispositif, l’alimentation animale constituant l’un des principaux postes de coût de la filière avicole.

La stratégie intègre également la question énergétique, avec l’installation envisagée de kits solaires sur les futurs sites industriels. L’accès à l’eau demeure cependant un défi technique majeur, nécessitant la réalisation de nombreux forages.

Trois millions de poussins pour un nouveau modèle économique

La décision la plus emblématique de cette montée en puissance est sans doute la commande de trois millions de poussins d’un jour, annoncée pour les prochaines semaines. Une première livraison de plus de 262 000 poussins est attendue dès septembre prochain, avant une augmentation progressive des approvisionnements jusqu’à la fin de l’année.

Ces chiffres illustrent l’ampleur du chantier engagé. Au-delà de la simple production avicole, le Gabon vise à édifier un véritable écosystème industriel, intégrant la production agricole, la logistique, l’alimentation animale, la transformation, la distribution et la création massive d’emplois.

Ce projet pourrait devenir l’un des premiers grands laboratoires de réindustrialisation agricole en Afrique centrale. La question cruciale de l’exécution reste posée. Les défis liés au financement, aux contraintes foncières, aux infrastructures routières encore perfectibles et aux enjeux logistiques pourraient ralentir cette ambition. Cependant, l’engagement politique est clair : le Gabon ne se contentera plus d’importer sa nourriture.

Le pays aspire à garantir sa sécurité alimentaire, à générer une richesse agricole endogène et à reprendre le contrôle d’une composante essentielle de sa souveraineté économique. Dans un contexte mondial où les chaînes d’approvisionnement se fragilisent d’année en année, ce pari pourrait bien s’avérer non pas une exception, mais une nécessité pour de nombreux pays africains à l’avenir.