25 août 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

La route Douala-Bafoussam, un axe routier en état de déroute

L’artère majeure du Cameroun, reliant la métropole économique de Douala à Bafoussam et Bamenda, est aujourd’hui devenue un véritable coupe-gorge. La nationale 5, jadis symbole de vitalité économique, se transforme en un parcours semé d’embûches, où chaque trajet ressemble à une épreuve.

Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation accélérée : l’usure constante due à un trafic intense de camions et de bus interurbains, le manque criant d’entretien et l’impact croissant du changement climatique. Les pluies, de plus en plus violentes, fragilisent davantage ces 250 kilomètres de voie, déjà mis à rude épreuve par des décennies de négligence.

Un voyage au quotidien de cauchemar

Emprunter la route Douala-Bafoussam relève désormais de l’aventure. Les passagers des bus interurbains affrontent des routes inondées, des nids-de-poule géants et des affaissements de terrain. Ce qui prenait autrefois trois heures et demie en moyenne exige aujourd’hui près de dix heures de trajet, dans des conditions d’inconfort extrême.

Les conducteurs, contraints de contourner les portions les plus dangereuses, allongeant encore la durée du voyage. Une passagère, Alice, raconte : « Nous sommes partis de Bafoussam il y a 14 heures. Impossible de prendre la nationale 5 dans le Haut-Nkam. Nous avons dû emprunter la route de Yaoundé, puis bifurquer vers Bagangté pour rejoindre Douala. Épuisés, courbaturés, nous avons frôlé l’accident à chaque instant. »

Le « Triangle de la mort », théâtre de drames récurrents

Les reliefs accidentés de l’Ouest camerounais amplifient les risques. Le 5 novembre 2024, un double éboulement à Dschang a coûté la vie à 14 personnes, rappelant la dangerosité de cet axe. Ce corridor routier, surnommé le « Triangle de la mort » (Douala-Yaoundé-Bafoussam), serait le théâtre de près d’une centaine de décès chaque mois, selon des estimations locales.

Les témoignages des usagers sont accablants. Un voyageur anonyme confie : « Je suis arrivé à destination ce matin à 2 heures du matin. Ce trajet a été un calvaire. Personnellement, je suggérerais aux compagnies de transport de prendre la nationale 3 via Yaoundé, puis la nationale 6. Même si le prix double, au moins nous éviterions de passer dix ou onze heures sur la nationale 5… et de finir en miettes. »

Réhabilitation promise, mais toujours pas à l’ordre du jour

Pour remédier à cette situation alarmante, les pouvoirs publics évoquent un budget de 180 milliards de francs CFA. Pourtant, sur le terrain, la frustration est palpable. Les usagers, obligés de s’acquitter de péages sur une route en ruine, s’insurgent. Mika Séma, transporteur professionnel, s’indigne : « Les péages servent à entretenir les routes. Alors quand il n’y a plus de route, pourquoi continuer à payer ? Il est temps que les autorités passent à l’action. »

Avec des saisons des pluies de plus en plus destructrices, l’absence de travaux d’envergure laisse présager de nouveaux drames sur cet axe vital pour l’économie camerounaise.