En 2016, le Tchad était secoué par l’affaire Zouhoura, une jeune lycéenne victime d’un viol collectif dont les images avaient été lâchement diffusées sur internet. Une décennie plus tard, force est de constater que les violences numériques demeurent une menace constante pour les citoyennes tchadiennes.
Dans le contexte actuel, une simple publication sur les réseaux sociaux peut déclencher une vague de haine. Les défenseuses des droits humains sont particulièrement ciblées. Epiphanie Dionrang, à la tête de la Ligue tchadienne des droits des femmes, témoigne de cette hostilité virtuelle qu’elle subit régulièrement en raison de ses engagements publics. Elle analyse les rouages de ce phénomène et les défis pour y mettre fin.
Un quotidien marqué par l’intimidation numérique
L’engagement pour la cause des femmes au Tchad expose inévitablement au cyberharcèlement. Pour Epiphanie Dionrang, ces agressions font désormais partie intégrante des violences systémiques que subissent les femmes et les jeunes filles dans la société. Cette forme de violence se manifeste par des insultes sexistes, des messages de haine, des appels anonymes ou des tentatives d’intimidation répétées sur diverses plateformes.
Les conséquences sur les victimes sont dévastatrices. Au-delà du stress et de l’anxiété, le harcèlement en ligne provoque une détresse psychologique profonde, pouvant mener à la dépression ou à des pensées suicidaires. L’humiliation publique, souvent orchestrée via le partage d’informations privées, pousse de nombreuses femmes à l’isolement et à l’autocensure, limitant ainsi leur participation à la vie publique et citoyenne du pays.
L’impunité et le vide juridique au Tchad
Les auteurs de ces actes sont variés : il peut s’agir de connaissances, d’anciens proches ou d’individus dissimulés derrière des profils fictifs. Face à cela, la collecte de preuves (captures d’écran, liens, dates) est essentielle, mais elle se heurte souvent à l’inefficacité du système judiciaire. Au Tchad, l’absence d’un code numérique spécifique et la lenteur des procédures découragent les victimes.
Bien qu’il existe une agence nationale de sécurité informatique et une cellule dédiée à la cybercriminalité, leurs actions restent largement insuffisantes. La prévention et la sensibilisation en milieu scolaire ne suffisent pas si elles ne sont pas accompagnées d’un volet répressif efficace. Actuellement, le sentiment d’abandon prédomine chez les victimes, qui craignent de parler faute de protection réelle.
Briser le silence par la solidarité
Pour contrer ce fléau, des initiatives culturelles voient le jour, à l’image du documentaire Harcèlement 2.0, La résilience des Africaines connectées, réalisé par la cinéaste tchadienne Aché Ahmat Moustapha. Ce film, auquel participe Epiphanie Dionrang, sert d’outil de plaidoyer pour libérer la parole des femmes, non seulement au Tchad mais aussi dans d’autres pays comme le Sénégal.
L’enjeu majeur reste la création d’espaces sécurisés où les victimes peuvent être écoutées sans jugement. La solidarité collective est indispensable pour changer le regard de la société, qui a trop souvent tendance à blâmer les victimes au lieu de condamner les agresseurs. Briser les tabous est la première étape vers une protection effective des femmes dans l’espace numérique.
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