Une formation militaire imposée aux médias du Burkina Faso
Une quarantaine de journalistes burkinabè ont récemment participé à un stage de six jours en tenue militaire à l’Académie de police de Pabré, à proximité de Ouagadougou. Cette session, présentée comme une « immersion patriotique », a été organisée par le ministère de la Sécurité dans un contexte marqué par la lutte contre les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, actifs au Burkina Faso depuis plus d’une décennie. Les professionnels des médias, hommes et femmes, ont été filmés en treillis, fusil à la main, lors de l’événement.
Des déclarations fortes du gouvernement pour justifier la mesure
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a interpellé les journalistes en ces termes : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? ». Répondant au garde-à-vous, les participants ont scandé à l’unisson : « Affirmatif ». Le ministre a ensuite insisté sur l’importance d’un engagement patriotique, affirmant qu’un journaliste professionnel sans patriotisme représente une menace pour son pays. Il a ajouté qu’un professionnel engagé, mais non patriote, était comparable à un simple spectateur dans une période où se forge l’histoire du Burkina Faso.
Pour le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, cette formation vise à « ancrer chez les journalistes les réalités opérationnelles et les valeurs qui animent quotidiennement les forces de défense et de sécurité ».
Une initiative critiquée par les défenseurs de la liberté de la presse
Cette obligation a immédiatement suscité des réactions vives parmi les organisations de défense de la liberté de la presse. Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), a qualifié cette initiative de « signal nouveau et très inquiétant ». Il a rappelé que « les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en soutiens de l’effort de guerre, vêtus en uniforme et armés ».
Un programme politique controversé et une pression accrue sur les médias
Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2022. Son objectif affiché est de reconquérir la souveraineté nationale, dans un discours marqué par une posture anti-occidentale. Une initiative similaire avait déjà été imposée l’année précédente aux élèves du secondaire lors de leurs examens de fin d’études.
Cette formation militaire des journalistes intervient dans un contexte de tensions extrêmes entre le pouvoir et les médias. Plusieurs organes de presse ont été suspendus par les autorités en place, tandis que des organisations de défense des droits humains dénoncent l’enrôlement forcé de journalistes critiques, envoyés au front. Le cas de Serge Oulon, journaliste détenu depuis deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, illustre cette situation alarmante.
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