Est-il envisageable de discuter avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) ? Peut-on engager des pourparlers avec les rébellions du nord sans sacrifier l’intégrité territoriale du Mali ? Quelle place accorder à l’imam Mahmoud Dicko dans une future phase de transition ? Le Mali doit-il revoir son modèle de gouvernance locale ? Dans cet échange, Étienne Fakaba Sissoko, figure de proue de la Coalition des Forces pour la République (CFR), livre son analyse sur la résolution de la crise malienne, tout en rappelant une règle fondamentale pour son organisation : « dialoguer n’est pas s’allier ».
Un constat alarmant sur la situation sécuritaire
La réalité du terrain, notamment à Bamako, est marquée par une pression constante. Qualifier le blocus actuel de « succès » serait une erreur, car cette tactique asphyxie avant tout les populations civiles. Dans la capitale, l’approvisionnement devient précaire, entraînant une inflation galopante qui frappe de plein fouet les foyers maliens. Pour un État enclavé comme le Mali, la sécurisation des axes de transport est un enjeu de souveraineté majeur. La CFR s’oppose à toute stratégie qui prend les citoyens en otage, estimant que la force militaire seule ne pourra pas dénouer l’impasse actuelle. Une réponse politique est indispensable pour protéger les civils et rétablir une paix durable.
La CFR, une alternative politique en construction
Lancée fin 2025, la CFR tente de répondre à une soif de changement. Les citoyens du Mali aspirent à la stabilité et cherchent une voie différente de l’actuelle gestion de crise. Plus qu’un parti politique classique, le mouvement se positionne comme un socle de sauvegarde nationale. Il existe aujourd’hui une attente forte, tant au niveau local qu’international, pour une voix malienne cohérente capable de proposer une issue entre le maintien d’un régime militaire et l’effondrement du pays.
Concernant les rumeurs de liens avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), la distinction est nette. La CFR est une entité civile et n’agit pas comme le relais politique de groupes armés. Si le dialogue avec tous les protagonistes est maintenu, il ne s’agit en aucun cas d’une alliance opérationnelle. La position reste ferme : aucune division du Mali n’est acceptable. Les revendications territoriales doivent trouver une issue par la négociation républicaine, et non par les armes.
Scénarios de transition et rôle des autorités morales
Face aux menaces d’effondrement institutionnel, comme lors des offensives majeures d’avril 2026, la réflexion sur une transition civile est devenue une priorité. L’objectif serait de mettre en place une administration de sauvegarde nationale chargée de restaurer les libertés, de sécuriser le territoire et de rédiger une nouvelle Constitution. Dans ce schéma, les élections ne seraient que l’étape finale d’un processus de stabilisation réussi.
Quant à l’imam Mahmoud Dicko, sa figure est perçue comme une autorité morale essentielle pour la réconciliation. S’il peut faciliter le dialogue social et apaiser les tensions, les fonctions exécutives doivent impérativement revenir à des institutions civiles désignées par le suffrage populaire. La légitimité doit rester ancrée dans le cadre démocratique.
Les conditions d’un dialogue avec le JNIM
L’idée de discuter avec le JNIM ne doit pas être perçue comme une reddition. C’est un levier pour stopper l’hémorragie sécuritaire. Cependant, l’allégeance de ce groupe à Al-Qaïda constitue un obstacle majeur. Les lignes rouges de la CFR sont explicites :
- Préservation de l’unité nationale du Mali ;
- Respect du caractère républicain de l’État ;
- Rupture totale avec les organisations terroristes internationales ;
- Fin des exactions contre les populations ;
- Justice pour les crimes de guerre.
La sincérité des leaders armés, notamment celle d’Iyad Ag Ghali, ne peut être évaluée que sur des preuves tangibles de désengagement du djihadisme transnational. Tant que les attaques se poursuivent, y compris dans les pays voisins, la méfiance reste de mise.
Réformer l’État pour plus d’efficacité
Le débat sur la charia occulte souvent le vrai problème : l’absence de l’État dans les zones rurales. Là où l’administration disparaît, les populations se tournent vers les pouvoirs locaux, qu’ils soient coutumiers ou religieux. La CFR prône une régionalisation accrue plutôt qu’une théocratie. Il s’agit de redonner du pouvoir et des moyens aux collectivités territoriales tout en maintenant les fonctions régaliennes à Bamako. Un Mali unitaire mais décentralisé permettrait une gestion plus proche des réalités quotidiennes des citoyens.
Enfin, l’initiative de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS) témoigne d’une volonté de solidarité entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ce réseau civique vise à défendre les libertés publiques dans une région où l’espace politique se restreint. Pour la CFR, le salut du pays ne viendra pas d’un homme providentiel, mais d’un contrat social solide et partagé par tous.
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