28 mai 2026

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Critiquer Ousmane Sonko, un pari risqué au Sénégal

Politique

Critiquer Ousmane Sonko, un pari risqué au Sénégal

Eric Topona | Saikou Seydi
27 mai 2026

Les voix critiques hésitent à critiquer Ousmane Sonko, en raison notamment de la radicalité de ses partisans sur les réseaux sociaux.

Ousmane Sonko à Rabat  le 26 janvier 2025

La tension politique entre Bassirou Diomaye Faye, le président de la République, et Ousmane Sonko, le tout nouveau président de l’Assemblée nationale, nuit à la sérénité du débat démocratique. Des responsables de la société civile et des journalistes ont mis en garde contre l’atmosphère d’intimidation qui prévaut au Sénégal. Les critiques ou opposants à Ousmane Sonko sont fréquemment la cible de sévères campagnes de dénigrement sur les plateformes de réseaux sociaux, opérées par les membres très engagés du Pastef, le parti au pouvoir.  

Cela entraîne une sorte d’autocensure, en raison de la peur de représailles numériques ou physiques.

Par ailleurs, immédiatement après sa prise de fonction à la Primature, début avril 2024, Ousmane Sonko a tenu des discours menaçants envers les médias :

« On ne va plus permettre que des médias écrivent ce qu’ils veulent sur des personnes, au nom d’une soi-disant liberté de la presse, sans aucune source fiable. »


Des menaces contre les magistrats


Ousmane Sonko remet aussi régulièrement en question la crédibilité du système judiciaire sénégalais…

​En novembre 2025 par exemple, au cours d’une réunion, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait dénoncé la résistance de certains magistrats entravant les enquêtes financières, perpétuant ainsi les méthodes du « système » qu’il désapprouve depuis ses débuts en politique. Des déclarations qui ont provoqué l’ire des magistrats.

Régression de la sauvegarde de certains droits des femmes


Plusieurs femmes dénoncent également une régression dans la sauvegarde de certains de leurs droits…

En effet, comme le souligne Ossama Monique Sagna, une activiste féministe sénégalaise, la non-application substantielle de la loi sur la parité, existant depuis 2010 au Sénégal, est un exemple.

« D’abord, il y a eu moins de femmes ministres que sous le dernier gouvernement de l’ère Macky Sall. C’est un recul en matière de représentation politique des femmes dans les sphères de décision », affirme-t-elle.

Le dernier gouvernement de Macky Sall comptait sept femmes, tandis que celui d’Ousmane Sonko, avant son limogeage la semaine passée, n’en comptait que quatre. Cela constitue approximativement 13 %, ce qui a entraîné discussions, critiques et désenchantement au sein de l’opinion publique.  

​Par ailleurs, ajoute Ossama Monique Sagna,  les grandes revendications féministes restent exactement les mêmes.  

​ »Cela montre qu’il y a très peu d’avancées structurelles.On parle toujours de la réforme du Code de la famille, qui continue de maintenir les dispositions discriminatoires envers les femmes. On parle encore de l’application effective du protocole de Maputo, notamment sur les droits reproductifs et la protection des femmes contre les violences. Les revendications n’ont pratiquement pas bougé parce que les réponses politiques n’ont pas suivi. Il y a aussi la question extrêmement grave des féminicides et des violences basées sur le genre. Ces dernières années, les cas se multiplient et provoquent l’émoi dans le pays. On note très souvent une absence de réaction forte de la tutelle »​ se désole  Ossama Monique Sagna​.

 Au niveau national, environ 18 féminicides ont été rapportés en 2025.