6 mai 2026

Crise des droits humains au Mali : restrictions et violences en 2025

Crise des droits humains au Mali : une situation alarmante en 2025

En 2025, le Mali est confronté à une dégradation marquée des droits humains, avec des restrictions accrues sur la liberté d’expression, les réunions pacifiques et l’association. Les opposants politiques et les acteurs de la société civile subissent des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des détentions abusives. Les forces gouvernementales, leurs alliés et les groupes armés multiplient les attaques contre les civils, tandis que des blocus imposés paralysent plusieurs zones du pays. Plus de 2 000 écoles restent fermées, privant des centaines de milliers d’enfants de leur droit à l’éducation.

Contexte politique et sécuritaire

La situation au Mali en 2025 s’inscrit dans un contexte de crise politique prolongée. Après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, les autorités ont adopté en février la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. En avril, la transition politique, instaurée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans, prolongeant ainsi l’instabilité institutionnelle.

Sur le plan sécuritaire, le groupe Wagner a été remplacé en juin par l’Africa Corps, une organisation militaire russe intégrée au ministère de la Défense du Mali. Cette transition s’inscrit dans le cadre d’un partenariat renforcé en matière de sécurité.

En août, les autorités maliennes ont annoncé avoir déjoué un coup d’État et arrêté plusieurs officiers de l’armée ainsi qu’un diplomate français, membre des services de renseignement. Par ailleurs, le Mali a annoncé son intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI) en septembre, une décision qui suscite des interrogations sur l’impunité des violations des droits humains.

Répression des libertés fondamentales

Les autorités maliennes ont renforcé leur contrôle sur les libertés fondamentales, notamment en dissolvant tous les partis politiques. Cette mesure a provoqué des manifestations à Bamako en avril et mai, violemment réprimées par les forces de sécurité. Les opposants politiques et les militants de la société civile sont régulièrement ciblés, comme en témoignent les cas de disparitions forcées et d’arrestations arbitraires.

Parmi les victimes, on compte :

  • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, enlevé le 14 mars à Bamako avant d’être libéré le 24 mai.
  • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, enlevé le 8 mai puis libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale.
  • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, enlevé le même jour et libéré le 5 juin sans procès.

Violences et exactions des groupes armés

Les groupes armés tels que l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) continuent de perpétrer des attaques meurtrières contre les civils. En février, une attaque de l’EIS a fait 34 morts dans un convoi près de Gao. En mai, le maire de Konna, Ousmane Kampo, a été enlevé par le GSIM avant d’être libéré en octobre. En novembre, Mariam Cissé, une figure des réseaux sociaux, a été enlevée et exécutée publiquement à Echell.

Les blocus imposés par ces groupes privent des villes comme Gossi, Léré et Diafarabé de l’accès aux biens essentiels, aggravant la crise humanitaire. En juillet, le GSIM a étendu ses restrictions aux livraisons de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Violations du droit international humanitaire

Les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés, dont l’Africa Corps, sont accusés de violations graves du droit international humanitaire. En mars, une frappe de drone a tué 10 civils à Ejdeïr, un jour de marché. En avril, une centaine d’hommes, majoritairement issus de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou, torturés et exécutés extrajudiciairement. Aucun responsable n’a été inquiété.

En mai, des militaires et des miliciens dozos ont exécuté entre 23 et 27 hommes à Diafarabé, jetant leurs corps dans des fosses communes. Malgré les promesses d’enquête, aucune suite n’a été donnée.

Impact sur les droits économiques et sociaux

Les restrictions imposées par les groupes armés et les violences ont des répercussions dramatiques sur les droits économiques et sociaux. Plus de 600 000 enfants sont privés d’éducation, et la région de Kidal compte 63 % d’enfants déscolarisés. Les blocus limitent l’accès à la nourriture et aux soins, aggravant la crise humanitaire.