En 2026, le Cameroun a réalisé une levée de 800,7 milliards de FCFA sur le marché intérieur, ce qui équivaut à environ 1,4 milliard de dollars. Cette performance, publiée dans la Conjoncture mensuelle de la dette publique par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), marque un tournant dans la stratégie de financement souverain de Yaoundé. Bien que ce montant reste significatif pour l’ensemble de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), il révèle un infléchissement notable dans l’approche camerounaise.
Un ralentissement des émissions sur le marché domestique
Comparé aux 1 525,9 milliards de FCFA collectés en 2025, le volume levé en six mois laisse entrevoir un ralentissement marqué. Si cette tendance se confirme, l’État camerounais pourrait clôturer l’année avec environ 1 600 milliards de FCFA mobilisés, un chiffre proche de celui de 2025 mais en deçà des prévisions initiales. Les adjudications de titres publics, incluant les bons du Trésor assimilables (BTA) et les obligations du Trésor assimilables (OTA), semblent avoir été ajustées à la baisse, ou soumises à une demande plus exigeante de la part des investisseurs régionaux.
Plusieurs éléments expliquent cette décélération. La liquidité bancaire en zone CEMAC, fortement liée aux revenus pétroliers et aux réserves de change gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), reste vulnérable aux variations des cours du pétrole. De plus, la multiplication des émissions souveraines concurrentes, notamment au Gabon, au Tchad et au Congo-Brazzaville, exerce une pression accrue sur la capacité des banques locales à souscrire aux titres publics de la sous-région.
Une gestion de la dette sous contraintes régionales
Le recul des montants levés s’inscrit dans un contexte où les autorités camerounaises cherchent à limiter le coût du service de la dette intérieure. Les taux appliqués aux émissions récentes de la CEMAC ont tendance à augmenter, reflétant à la fois la politique monétaire restrictive de la BEAC et la prime de risque exigée par les investisseurs. Pour le Trésor, trouver un équilibre entre le volume des levées et leur coût pondéré devient un exercice complexe, d’autant que la maturité moyenne des titres émis influence le profil de refinancement des années à venir.
La CAA, dans ses rapports mensuels, compare systématiquement les besoins de trésorerie liés à l’exécution budgétaire, les tombées de dette et les ressources effectivement mobilisées. Le Cameroun, en tant que première économie de la CEMAC, joue un rôle clé sur le marché des titres publics. Ce statut implique une responsabilité accrue en matière de signal envoyé aux investisseurs. Un ralentissement maîtrisé peut être perçu comme une gestion prudente, tandis qu’un recul subi pourrait nourrir des craintes quant à la soutenabilité budgétaire.
Les défis du second semestre 2026
Le calendrier des adjudications pour la seconde moitié de l’année sera déterminant pour évaluer la trajectoire de l’endettement intérieur. Les prochaines opérations devront intégrer les échéances de remboursement à venir ainsi que les besoins de financement du programme d’investissement public, notamment dans les infrastructures et le secteur énergétique. Le ministère des Finances, dirigé par Louis Paul Motaze, a historiquement privilégié une approche combinant marché intérieur et financements extérieurs, incluant les appuis des institutions multilatérales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Cependant, la question de la profondeur du marché sous-régional reste entière. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) peine à attirer des flux comparables à ceux des places financières ouest-africaines, comme la BRVM. Dans ce cadre, la capacité du Trésor camerounais à diversifier sa base d’investisseurs, en ciblant notamment des fonds panafricains ou des institutionnels non bancaires, sera déterminante pour la réussite de ses futures levées. Les six prochains mois s’annoncent comme un test décisif pour la stratégie de financement domestique de Yaoundé.
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