23 juin 2026

Burkina Voix

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Cameroun : la jeune garde des médias face à l’adversité et aux pressions

Au Cameroun, dans un contexte médiatique tendu et marqué par le tragique assassinat de l’animateur Martinez Zogo, de jeunes journalistes courageux continuent de naviguer entre menaces et défis pour préserver leur liberté éditoriale.

Au sein de la radio Jambo FM

À Douala, la station Jambo FM se distingue en confiant ses créneaux les plus stratégiques à une équipe de jeunes professionnels. Ces derniers s’engagent dans une lutte quotidienne pour préserver leur indépendance et faire face aux intimidations.

Dans le quartier populaire de Deido, au lieu-dit Entrée de la gare, les studios de Jambo FM émettent une énergie particulière. Antoine Landry Lemogo, plus connu sous le nom de président Tchop Tchop, le directeur général, a fait le choix audacieux de dynamiser son antenne en misant sur la jeunesse.

Il explique sa philosophie : « Si nous aspirons à progresser aujourd’hui, nous n’avons d’autre alternative que de nous appuyer sur la jeunesse, forte de son énergie et de son audace. Le pays est dirigé par des individus d’un âge trop avancé, dont la seule préoccupation est leur propre survie. Nous ne pouvons pas dénoncer cette situation sans accorder une place significative aux jeunes au sein de nos propres structures pour construire l’avenir. »

Une voix féminine au sein de l’équipe souligne l’importance de la préparation : « Gérer des débats aussi ardents en tant que femme n’est absolument pas un problème. Tout dépend de la préparation, de la connaissance et de la culture générale. Lorsque vous possédez ce savoir-faire, vous maîtrisez parfaitement les limites à accorder à votre invité ou à l’auditeur. »

Reportage à Douala, à la station Jambo FM

Éducation citoyenne : l’équilibre délicat du direct

L’émission phare de la station, le Big Morning, se caractérise par une interactivité poussée. Cependant, l’exercice du direct est un numéro d’équilibriste, jonglant entre l’éducation citoyenne et le risque de dérapages.

Jordan Sorel Timba, un autre jeune journaliste de Jambo FM, privilégie une approche basée sur la critique constructive.

Il explique : « Notre rôle n’est pas de démolir le gouvernement en place, mais plutôt de mettre en lumière les dysfonctionnements de notre société. Et, bien sûr, de soutenir le gouvernement quand il prend des initiatives positives, comme ce que l’hôpital Laquintinie a récemment accompli en sauvant un jeune Camerounais. Si un citoyen dépasse les bornes et ne parvient pas à se comporter de manière appropriée, dans le pire des cas, nous coupons son micro. »

Les violences subies par les professionnels des médias, notamment l’assassinat de Martinez Zogo, incitent à une prudence accrue.

Pour Tamo Tabe, animateur de l’émission interactive quotidienne « Laissez parler les gens », diffusée entre 9h et 11h, la ligne téléphonique de Jambo FM est devenue une véritable soupape de sécurité pour une population sous pression.

« Puisque les Camerounais ne peuvent ni s’indigner ni manifester dans la rue, par crainte d’être assimilés à des terroristes, ils choisissent de le faire à la radio. C’est devenu un exutoire, un espace où l’on vient libérer toute cette révolte profondément enfouie. »

Dire la vérité sans nuire ni complaire : c’est sur ce fil étroit que Jambo FM s’efforce, jour après jour, de faire respirer la démocratie camerounaise, 36 ans après l’historique Appel de La Baule, qui conditionnait l’aide au développement à la démocratisation du continent africain.