25 août 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

Cameroun et ue : une réduction majeure des droits de douane pour dynamiser les échanges

Le Cameroun franchit une étape décisive dans l’application de l’Accord de partenariat économique (APE) conclu avec l’Union européenne et le Royaume-Uni. Le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motazé, a annoncé une réduction de 70 % des droits de douane sur les produits européens et britanniques, ciblant spécifiquement les biens considérés comme stratégiques pour les recettes publiques. Cette mesure s’inscrit dans une baisse progressive, avec une diminution annuelle de 10 % des tarifs, aboutissant à leur suppression totale d’ici 2030.

Les produits concernés incluent les véhicules utilitaires, les carburants, les ciments, les peintures et les emballages industriels en provenance des Vingt-Sept et du Royaume-Uni. Cette nouvelle phase complète les exonérations déjà en vigueur pour les deux premiers groupes de produits. Depuis août 2023, les biens du deuxième groupe, comme les plâtres, les clinkers, les camions, les remorques ou encore les groupes électrogènes, entrent au Cameroun sans droits de douane. Quant au premier groupe, composé entre autres de produits pharmaceutiques, d’engrais, de pesticides, d’ordinateurs, de gaz ou de tracteurs, il bénéficie de cette exonération depuis août 2019.

Un impact budgétaire maîtrisé malgré les craintes initiales

Lors de leur mise en place, les APE suscitaient des inquiétudes quant à leur impact sur les finances camerounaises. Pourtant, les pertes de recettes douanières, estimées à environ 103 milliards de FCFA sur dix ans, restent gérables. En 2023, les recettes douanières globales du Cameroun ont même dépassé les 1 000 milliards de FCFA pour la première fois. Ce paradoxe s’explique par la diversification des flux commerciaux, notamment vers l’Asie, qui a permis de compenser la baisse des droits sur les importations européennes par une augmentation des échanges avec d’autres partenaires.

La Chine, principal bénéficiaire inattendu de l’APE

L’un des paradoxes de cet accord réside dans le fait que la préférence accordée aux produits européens n’a pas freiné l’ascension commerciale de la Chine. Depuis 2013, Pékin est à la fois le premier client et le premier fournisseur du Cameroun. Les données du Comité de compétitivité, rattaché au ministère de l’Économie, révèlent une domination croissante.

Sur le segment des machines et équipements, la part de marché chinoise est passée de 23,8 % en 2016 à 52,5 % en 2024, soit une progression de 28,7 points. Dans le même temps, la part de l’Union européenne est passée de 50,1 % à 29,3 % en 2023, avant de remonter légèrement à 32,3 % en 2024. Ce recul de près de 20 points interroge sur l’efficacité des avantages tarifaires accordés aux Européens face à la compétitivité des produits chinois.

Une répartition inégale des bénéfices

Une analyse des bénéficiaires de l’APE révèle une concentration des avantages fiscaux entre les mains d’une minorité. À la fin 2023, sur les 1 021 entreprises ayant profité du tarif préférentiel, moins de 5 % d’entre elles captent environ 75 % des avantages. Par ailleurs, 80 % des gains reviennent aux grandes entreprises, tandis que les petites et moyennes entreprises n’en bénéficient que de 20 %. Cette disparité reflète à la fois la structure des importations formelles au Cameroun et les inégalités d’accès aux procédures douanières préférentielles.

Le Comité de compétitivité souligne également que « les cinquante premières entreprises ayant recours au tarif préférentiel de l’APE se concentrent principalement dans les secteurs industriel et commercial ». À quatre ans de l’exonération totale prévue pour 2030, la question dépasse désormais la simple arithmétique douanière. Les autorités camerounaises doivent désormais arbitrer entre le maintien d’un ancrage historique avec l’Europe et l’adaptation à une économie où la Chine dicte sa loi. Cette recomposition des échanges alimentera sans doute les débats sur une éventuelle révision de l’accord.