Il fut un temps où le Burkina Faso était perçu comme une exception de stabilité en Afrique de l’Ouest, malgré les critiques récurrentes envers son système politique. Sous la présidence de Blaise Compaoré, qui a dirigé le pays pendant près de trois décennies, le débat public était dominé par les questions de démocratie et d’alternance. Pourtant, une dimension essentielle, aujourd’hui au cœur des préoccupations, était alors reléguée au second plan : la sécurité des populations.
Une stabilité relative, mais des libertés entravées
Le régime de Blaise Compaoré n’a jamais été épargné par les contestations. Son pouvoir, souvent décrit comme autoritaire, a été marqué par des restrictions démocratiques et une opposition muselée. Les observateurs internationaux et les forces politiques locales dénonçaient régulièrement un système verrouillé, où l’alternance semblait impossible. Pourtant, malgré ces dysfonctionnements, un aspect fondamental échappait à la polémique : la liberté de circulation et la sécurité des Burkinabè.
À l’époque, les villes et villages étaient accessibles sans crainte permanente d’affrontements. Les agriculteurs cultivaient leurs champs en toute sérénité, les marchés fonctionnaient sans interruption, et les familles voyageaient sans redouter de devenir les cibles d’attaques. Le terrorisme, qui allait plus tard gangréner le Sahel, n’avait pas encore plongé le pays dans une crise sécuritaire sans précédent. Cette réalité ne justifie en rien les dérives du passé, mais elle rappelle une évidence : la sécurité est le socle sur lequel tout le reste se construit.
Ibrahim Traoré face au défi sécuritaire : des promesses à l’épreuve du terrain
L’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, issue d’un coup d’État en 2022, avait suscité l’espoir d’un tournant décisif. Les nouvelles autorités promettaient une reconquête territoriale ambitieuse, une souveraineté renforcée et une riposte plus efficace contre les groupes armés. Pourtant, près de deux ans après ces engagements, les résultats peinent à se matérialiser. Les communiqués militaires annoncent régulièrement des succès, mais sur le terrain, la situation reste précaire.
Dans de nombreuses zones, les attaques persistent, les localités sont isolées, et les axes routiers restent des zones à haut risque. Pour une partie de la population, ces victoires annoncées par les autorités ne se traduisent pas par une amélioration concrète de leur quotidien. Les Burkinabè, qui espéraient une protection accrue, voient au contraire leur insécurité s’aggraver, remettant en cause la crédibilité des promesses faites.
L’exil comme réponse à l’inaction
Le signe le plus accablant de cet échec réside dans l’exode massif des populations. Chaque semaine, des familles abandonnent leurs villages, leurs terres et leurs commerces pour fuir vers des zones plus sûres ou franchir les frontières. Ce phénomène, en apparence silencieux, est pourtant le plus révélateur de l’incapacité de l’État à remplir sa mission première : protéger ses citoyens.
Personne ne quitte son foyer de gaieté de cœur. Lorsqu’un Burkinabè préfère l’exil à la vie dans son propre pays, c’est que la peur a pris le pas sur l’espoir. Ce choix forcé est un jugement sans appel sur l’efficacité des politiques mises en place. La souveraineté ne se décrète pas ; elle se mesure à l’aune de la capacité d’un gouvernement à garantir la tranquillité de ceux qu’il dirige.
Souveraineté et sécurité : deux faces d’une même pièce
Ibrahim Traoré axe une grande partie de son discours sur la souveraineté nationale, prônant la rupture avec les anciennes alliances et une mobilisation patriotique. Ces thèmes trouvent un écho auprès d’une frange de la population, lassée des dépendances extérieures. Pourtant, la souveraineté ne peut se limiter à des déclarations ou à des symboles. Elle se juge d’abord à la capacité d’un État à exercer son autorité sur l’ensemble de son territoire et à assurer la sécurité de ses habitants.
Ce contraste entre les discours et la réalité alimente un sentiment d’injustice chez ceux qui, hier, critiquaient avec virulence le régime de Blaise Compaoré. Aujourd’hui, face à l’échec sécuritaire du nouveau pouvoir, ces mêmes voix se font plus discrètes. Cette retenue interroge : pourquoi certains dirigeants sont-ils jugés avec une sévérité accrue, tandis que d’autres bénéficient d’une indulgence relative ?
La sécurité, condition sine qua non du bonheur national
Comparer les périodes Compaoré et Traoré ne revient pas à idéaliser le passé. Il s’agit de rappeler une vérité simple : un État ne peut prétendre au bonheur de ses citoyens s’il ne garantit pas leur sécurité. Sans cela, les réformes, les discours et les symboles perdent une grande partie de leur sens.
Le bonheur d’une nation ne se mesure pas à la popularité de ses dirigeants, mais à la tranquillité de ses villages, à la fluidité de ses routes, à l’accès à l’éducation, au dynamisme de ses marchés et à la confiance des familles en leur avenir. Tant que des Burkinabè continueront de fuir leur pays ou leurs régions pour trouver refuge ailleurs, le débat sur l’action gouvernementale restera ouvert. Car, in fine, c’est l’histoire qui tranchera : elle retiendra moins les promesses que les actes, et moins les discours que la réalité vécue par ceux qui aspirent simplement à vivre en paix.
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