15 juin 2026

Burkina Voix

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Afrique : entre la multiplication des putschs et la résilience démocratique

Un nouveau coup d’État vient s’ajouter à la liste des prises de pouvoir militaires en Afrique, qui frôle la dizaine depuis 2020. En Guinée-Bissau, un pays lusophone classé parmi les plus pauvres au monde, un groupe d’officiers a annoncé avoir pris le contrôle du pays pour une période de transition d’un an, un scénario devenu familier sur le continent.

L’armée a bloqué la publication des résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre. Le président déchu, Umaro Sissoco Embalo, aurait trouvé refuge au Congo-Brazzaville.

Le principal opposant, Fernando Dias da Costa, qui revendique également la victoire, tout comme le président sortant qui visait un second mandat, dénonce une manœuvre. Actuellement en fuite pour échapper à une arrestation, il a déclaré à RFI que ce putsch était une mise en scène orchestrée par les alliés militaires d’Embalo pour lui éviter d’admettre sa défaite. « Je suis le vainqueur. Quand Embalo a compris qu’il ne pouvait pas gagner, il s’est dit : “Comme je ne peux pas gagner, je vais transférer le pouvoir aux militaires.” […] Ce coup d’État est un faux », a-t-il affirmé.

Plusieurs éléments semblent appuyer cette hypothèse : un sondage de mi-novembre créditait Dias da Costa de plus de 60 % des voix, le coup d’État s’est déroulé sans violence, et les auteurs sont des proches du président sortant. Le fait qu’Embalo soit rapidement réapparu à l’étranger, contrairement à son opposant contraint à la clandestinité, renforce cette thèse.

Ce phénomène de putschs a été relancé au Mali en août 2020, puis au printemps 2021. Des soldats opposés à la présence militaire française ont mené une mutinerie, et quelques mois plus tard, le colonel Goïta a renversé le président civil qu’il avait lui-même mis en place, réalisant ainsi deux coups d’État en moins d’un an.

La situation politique au Burkina Faso, au Mali, en Guinée et au Niger est similaire : ces quatre nations d’Afrique de l’Ouest sont dirigées par des juntes militaires. Ces régimes, issus de coups d’État contre des gouvernements élus, ont exigé le départ des troupes françaises. La question de la sécurité au Burkina Faso et dans les pays voisins reste critique, avec des mercenaires russes (du groupe Wagner, rebaptisé Africa Corps) remplaçant parfois les Français pour lutter contre les insurrections djihadistes affiliées à al-Qaïda ou à l’État islamique. La région fait face au double fléau de l’extrémisme islamique et de la dictature militaire.

D’autres pays connaissent une situation similaire. Au Tchad, le fils d’Idris Déby a pris le pouvoir avec l’armée après la mort de son père en 2021. Au Gabon, la réélection contestée d’Ali Bongo à l’été 2023 a provoqué un putsch qui a mis fin à la dynastie Bongo, au pouvoir depuis les années 1960. Cependant, le général Brice Oligui Nguema, d’abord salué par la population, s’est installé au pouvoir via un plébiscite. À Madagascar, des manifestations de la jeunesse contre la misère et l’autoritarisme ont conduit à la fuite du président Andry Rajoelina le 12 octobre, laissant place à l’armée, elle aussi initialement acclamée.

N’oublions pas les dirigeants au pouvoir depuis des décennies, tels que Teodoro Obiang en Guinée équatoriale (depuis 1979), Paul Biya au Cameroun (depuis 1984), et Yoweri Museveni en Ouganda (depuis 1986). Dans ces pays, comme au Rwanda où Paul Kagame a été réélu avec 99 % des voix, les élections ne sont souvent qu’une façade.

Toutefois, ce sombre tableau doit être nuancé. Une étude de l’Istituto Studi di politica internazionale de Milan, intitulée Eppure, resiste (Et pourtant, elle résiste), souligne que jamais auparavant autant d’élections libres et multipartites n’avaient eu lieu en Afrique, menant à de réelles alternances de pouvoir.

Des nations comme le Sénégal, le Botswana, le Cap-Vert ou le Ghana illustrent cette vitalité démocratique, avec une presse libre, une société civile active et des changements de gouvernement par les urnes. En Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC) a perdu sa majorité absolue et est désormais contraint au partage du pouvoir.

Face à la vague de putschs, l’Union africaine continue de les condamner, soutenue par des puissances régionales comme l’Afrique du Sud et le Nigeria. Malgré leurs propres défis, ces pays maintiennent des processus électoraux pour choisir leurs dirigeants et promeuvent la démocratie.

La jeunesse africaine, qui représente 70 % de la population du continent, est un moteur de ce changement. À travers des mouvements citoyens, elle exprime sa volonté de construire son propre avenir en s’opposant à la corruption et à l’incompétence. Cette aspiration contraste avec le désenchantement politique et l’attrait pour des figures autoritaires, de Trump à Orbán, qui se manifestent dans les démocraties occidentales.