25 août 2026

Burkina Voix

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Abou zeid al-burkinabi éliminé par ses rivaux : l’éternel conflit entre jihadistes au Burkina Faso

Une neutralisation qui change la donne dans le Séno

Le 17 août 2026 restera une date cruciale dans l’histoire de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso. Abou Zeid Al-Burkinabi, haut responsable de l’État islamique au Sahel (EIS), a été tué lors d’affrontements avec le Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin (JNIM), un groupe affilié à Al-Qaïda. Contrairement aux rumeurs relayées par certains canaux, cette élimination n’est pas le fruit d’une opération des forces armées burkinabè, mais bien d’un règlement de comptes sanglant entre factions rivales.

Un chef terroriste au parcours redoutable

Originaire du Burkina Faso, Abou Zeid Al-Burkinabi s’était imposé comme une figure majeure de l’EIS dans la région des trois frontières, couvrant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Expert en tactiques de guérilla, il supervisait des attaques contre les forces de sécurité, des campagnes de terreur ciblant les civils et des prélèvements forcés de ressources locales. Son éradication représente un choc opérationnel pour l’EIS, déjà affaibli par les pressions militaires et la concurrence acharnée du JNIM.

Des combats qui révèlent une rivalité sans merci

Les affrontements meurtriers ont éclaté dans les localités de Bangao et Dorkoye, dans la province du Séno. Cette zone frontalière avec le Niger est un foyer historique de l’insurrection armée. Les premiers comptes-rendus, souvent partiels, avaient attribué cette neutralisation à une opération militaire burkinabè. Pourtant, les éléments recueillis sur le terrain confirment une tout autre réalité : Abou Zeid Al-Burkinabi est tombé sous les tirs de ses adversaires idéologiques.

La bataille de la désinformation

Dès l’annonce de sa mort, une guerre des récits s’est engagée. Certains relais pro-gouvernementaux ont rapidement propagé l’idée que l’armée burkinabè était à l’origine de cette élimination, voire qu’une frappe aérienne avait ciblé le chef terroriste. Ces tentatives de manipulation s’inscrivent dans une stratégie visant à mettre en avant la montée en puissance des forces de défense et de sécurité (FDS) burkinabè, soutenues par les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Pourtant, les recoupements locaux et les témoignages des combattants rivaux ont confirmé l’origine réelle de cette neutralisation.

JNIM vs EIS : une guerre intestine qui sape la sécurité au Sahel

Cette confrontation n’est pas un fait isolé, mais l’énième épisode d’un conflit larvé opposant depuis 2019 le JNIM à l’EIS. Malgré des objectifs communs, ces deux groupes divergent radicalement :

  • Doctrine opposée : Le JNIM, fidèle à la ligne d’Al-Qaïda, privilégie une approche pragmatique, parfois en collaboration avec des leaders communautaires. L’EIS, en revanche, applique une stratégie ultra-violente, marquée par le takfirisme et des exactions massives contre les civils.
  • Guerre des ressources : Le contrôle des axes de contrebande, des mines d’or artisanales et des routes de transhumance est vital pour leur financement. Les deux factions se livrent une bataille sans merci pour ces zones stratégiques.
  • Affrontements historiques : Dès 2020, des combats d’une rare intensité ont éclaté dans le Gourma malien et le Liptako. En 2022 et 2023, les hostilités dans la région de Ménaka (Mali) et le nord du Burkina Faso ont atteint des niveaux de violence comparables à des batailles rangées.

Ces tensions illustrent la complexité du paysage sécuritaire au Sahel, où la dynamique interne aux groupes jihadistes joue un rôle aussi déterminant que les opérations militaires.

Des conséquences immédiates pour les populations locales

L’élimination d’Abou Zeid Al-Burkinabi par le JNIM pourrait temporairement rééquilibrer les forces dans le Séno. En affaiblissant l’EIS, le JNIM cherche à consolider son emprise territoriale et à chasser définitivement son rival des zones frontalières. Cependant, cette victoire tactique ne signifie pas une amélioration pour les civils, pris en étau entre les représailles des deux factions. La guerre fratricide entre jihadistes maintient une insécurité chronique, exposant les habitants à des violences croisées et à des exactions répétées.

Un tournant dans la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso

La mort d’Abou Zeid Al-Burkinabi marque une étape clé dans l’affaiblissement progressif de l’EIS au Burkina Faso. Mais cette neutralisation rappelle surtout que le Sahel est le théâtre d’un conflit multidimensionnel, où les rivalités entre groupes armés pèsent autant que les offensives des forces gouvernementales. Pour comprendre les perspectives sécuritaires de la région, il est essentiel de suivre ces fractures internes, qui façonnent l’avenir du Burkina Faso et de son voisinage.